[CR] L’Intelligence Artificielle est-elle une révolution pour la transformation des entreprises ?

2018-02-22T17:54:37+00:00 15 février 2018|

C’est sous la neige qu’une cinquantaine de participants ont bravé les rues parisiennes pour se rendre vendredi 9 février au 8ème Transformer Friday dédié à l’intelligence artificielle et à la transformation des grandes entreprises.

Une édition spéciale où nous avons décidé d’opter pour une posture « leap frogging » en prenant un pas d’avance sur l’avenir de nos sociétés qui sont confrontées aujourd’hui, plus que jamais, à l’intelligence artificielle. Un sujet passionnant, inspirant et intriguant qui amène plusieurs questionnements :

  • L’IA va-t-elle révolutionner la transformation des grandes entreprises ?
  • Comment va-t-elle évoluer ?
  • Comment peut-on l’utiliser et pourquoi ?
  • L’IA représente-elle des dangers

 

Voici autant de questions que nous avons posées à deux intervenants experts dans ce domaine : Olivier Ezratty, Consultant et Auteur ; Bertrand Duperrin, Head of Employee and Client Experience chez Emakina.

Lara Pawlicz, CEO de 2Spark et modérateur lors du débat a également apporté plusieurs pierres à l’édifice en témoignant des évolutions de notre algorithme qui intègre des briques d’intelligence artificielle.

A travers leurs témoignages, l’IA a ainsi été démystifiée, définie et décortiquée afin de pouvoir l’appréhender au mieux et surtout l’utiliser.

Qu’est-ce que l’Intelligence Artificielle ?

Contextualisation

Pour rentrer dans le vif du sujet une contextualisation s’impose !

« A l’origine l’IA est un objectif qui a été défini par des chercheurs américains en 1955. Le but était alors de reproduire les attributs de l’intelligence humaine dans les machines, c’est-à-dire : le traitement du langage, la reconnaissance des images et le raisonnement. 63 ans plus tard on n’y est pas encore ! » souligne Olivier Ezratty.

Aujourd’hui l’IA reconnait des images, « elle sait par exemple identifier un chat sur un ordinateur, des visages avec nos appareils photo ou encore le langage (Siri, Alexa, Google Home…). Mais ce qui est incroyable, c’est que tous ces systèmes savent répondre mais ne savent pas comprendre. » Autrement dit comme le signifiait Bertrand Duperrin, l’IA est loin d’être intelligente de prime abord, au contraire « elle est assez basique et bête ! Il faut l’éduquer pour qu’elle puisse évoluer et ainsi gagner en intelligence. »

Exit donc l’imaginaire collectif construite sur la base de films ou séries, tels que Her ou Altered Carbon, qui humanisent l’intelligence artificielle. Non l’IA n’a pas de conscience et elle n’est pas encore en capacité de raisonner !

« Si elle sait reconnaitre un chat, elle ne comprend pas pour autant qu’un chat est un animal mignon, doux à caresser », complète Olivier Ezratty.

IA « top-bottom » et IA « bottom-up »

Pour schématiser, Olivier définit deux types d’IA : une intelligence artificielle « top-bottom » et une autre « bottom-up ».

L’IA « top-bottom » part du raisonnement, de l’expérience et des règles de description du monde, issu de la recherche. A partir de ces données les symptômes peuvent être diagnostiqués grâce au savoir.

L’IA « bottom-up » représentée par le machine learning et le deep learning, utilise quant à elle des datas et tente avec ces données d’identifier des corrélations, des paramètres et des événements pour interagir sur des actions. C’est donc une approche avant tout statistique, il n’y a aucune science exacte.

C’est ce dernier type qui est aujourd’hui le plus répandu dans nos sociétés, ce qui explique que l’IA a le vent en poupe. Notre capacité à collecter un nombre incalculable de données a permis de basculer vers un monde « plus intelligent ».

Comment et pourquoi intégrer de l’Intelligence Artificielle au sein des entreprises ?

Automatisez vos tâches

Passons à la pratique ! « L’IA est certes perçue comme technologiquement difficile à mettre en place, pourtant elle est à la portée de tous. L’IA est utilisable au sein de toutes les entreprises ! », rassure Bertrand Duperrin.

La grande tendance c’est l’automatisation des tâches : la RPA (Robotic Process Automation). Pour Bertrand, c’est la clé des entreprises car elle permet de transformer l’expérience collaborateur. « En automatisant certaines tâches sans valeur ajoutée et fastidieuses (administratives, saisies…), les collaborateurs restent concentrés sur le cœur de leur travail et gagnent ainsi en efficacité. »

Débutez simplement

Concrètement, si vous voulez vous lancer, les actions à mener sont simples. « Au départ il faut commencer petit puis évoluer et améliorer. Il faut donc commencer par des choses existantes avec des process simples, puis on automatise et ensuite ça peut commencer à tourner tout seul. Et enfin, on collecte de la donnée pour améliorer les algorithmes », schématise Bertrand Duperrin.

Des propos soutenus par Lara Pawlicz : « On peut, en effet, déjà faire beaucoup avec ce qui existe aujourd’hui, c’est complètement à la portée des entreprises. Chez 2Spark, par exemple, nous avons :

  • Un algorithme pour individualiser les parcours des collaborateurs.
  • Un moteur conversationnel, ce que l’on appelle le « pulsing » qui est issu de nos propres travaux.
  • Une interaction plus naturelle entre l’individu et la plateforme, ce qui nous permet de créer plus d’attachement, plus d’engagement et plus de fidélisation.

Une mine d’or pour nos clients et nos collaborateurs. »

Comment faire collaborer l’humain et l’IA ?

L’éternel débat éthique

Derrière cette question se cache inévitablement l’éternel débat éthique sur l’emploi. Le constat est inévitable selon Bertrand Duperrin, « il va y avoir de la perte d’emploi mais pas autant que l’on peut l’imaginer. Rassurez-vous, remplacer des humains par des robots est loin d’être une réalité. L’IA permet essentiellement pour le moment de gérer la volumétrie importante de donnée qui ne peut être traitée par l’Homme. Elle n’enlève en rien la valeur créative et décisionnaire des collaborateurs. »

Pour compléter, Olivier Ezratty, ajoute que « ce qui fera même la différence ce sont les talents dans l’exécution des tâches. »

« On utilisera l’IA pour faire ce que l’humain fait mais plus vite et à plus grande échelle », synthétise Bertrand Duperrin.

Collaborateur augmenté

Des mots qui résonnent avec la vision de Lara Pawlicz sur le « What’s in it for me ? »*. « Chez 2Spark nous travaillons, en effet, sur la notion de collaborateurs augmentés en aidant au raisonnement et en assistant les personnes.

En 2018 nous faisons, ainsi, évoluer :

  • Notre algorithme pour analyser le « crowdsourcing » des collaborateurs.
  • Notre reporting prédictif pour permettre aux managers de savoir s’ils vont atteindre leurs objectifs et déterminer les leviers qu’ils peuvent mettre en œuvre pour enrailler la courbe quand elle n’est pas bonne. »

« L’intelligence artificielle ouvre ainsi de nouvelles perspectives mais qui sont inenvisageables sans l’humain. La puissance de la machine restera au service de l’Homme », conclut Olivier Ezratty.

*Qu’est-ce que cela m’apporte ?

Comment l’IA est-elle vouée à évoluer ?

Vers une démocratisation…

Si on se projette à long terme, l’IA peut en rassurer certains et en effrayer d’autres ! « C’est pour cela qu’il faut poser une ligne de conduite et s’imposer de prendre des décisions dès aujourd’hui », affirme Bertrand Duperrin. « On va y aller donc il faut cadrer et commencer à expérimenter pour se poser les bonnes questions. »

Pour Olivier Ezratty, « l’Intelligence Artificielle est une boite à outils qui est en train de se démocratiser. Les entreprises informatiques travaillent actuellement sur des briques prêtent à l’emploi qui intègrent directement de l’IA. »

Ce qui peut paraitre spécifique aujourd’hui va donc devenir abordable pour tout le monde dans un futur proche.

Vers des obstacles éthiques…

Mais l’IA réserve encore bien des surprises et des obstacles. Les repères éthiques, par exemple, sont différents d’un pays à l’autre. « La robotique et l’aide aux personnes âgées est une demande de la part des Japonais mais pour des raisons humaines et sociétales, en Europe cette idée n’est pas acceptable », précise Olivier Ezratty.

De vrais enjeux géopolitiques vont donc se dessiner : avantages concurrentiels, inégalités macro-économiques et ouvertures vers des abus.

Quelles sont les limites et les dangers de l’IA ?

L’obscurantisme

Olivier Ezratty soulève plusieurs points d’attention. « Il faut être attentif à l’obscurantisme. Le danger, c’est le populisme technologique et le conservatisme. Il faut craindre l’utilisation des prédictions du passé. »

Une IA blanche

Autre risque : le manque de diversité des personnes qui créent l’IA. « Il y a trop de développeurs et pas assez de développeuses. Au-delà de la diversité de genre il y a une vraie question sociétale qui se pose. Cette nouvelle société technologique que nous sommes en train de créer est à l’image de ses créateurs. Si l’intelligence artificielle est façonnée par des hommes blancs alors nous aurons une IA d’hommes blancs ! »

Les failles mécaniques

Enfin, dernier danger soulevé par Bertrand Duperrin : les failles mécaniques de nos systèmes. Jusqu’où devons-nous lui faire confiance ? « L’électronique rencontre toujours des failles mais comment faire quand l’humain n’est plus capable de prendre le contrôle de la machine quand elle déraille ? Ce problème nous allons forcément le rencontrer avec la voiture autonome. »

Conclusion

En guise de conclusion à ce 8ème Transformer Friday deux citations clôtureront le débat. La première de Bertrand :

« Ce n’est pas l’IA qui va révolutionner les transformations des entreprises, ce sont les hommes qui transformeront leurs sociétés en utilisant de l’intelligence artificielle. »

Et le mot de la fin pour Olivier :

« N’oublions pas de garder du hasard et de l’humanité dans l’Intelligence Artificielle ! »

| Growth Hacker chez 2Spark

Ancienne journaliste, aujourd'hui, Responsable Marketing et Communication chez 2Spark, Alexandra s'est spécialisée dans les stratégies de " Growth Hacking " et les sujets de transformation des grandes entreprises. Elle anime ce blog avec la seule volonté d'apporter des analyses, des bonnes pratiques et des outils concrets pour réussir avec succès tout projet de conduite du changement.